Une belle recension de Normand Baillargeon

2 années déjà  •  PAR  •  0 Commentaires

Normand Baillargeon est un intellectuel de premier plan du Québec.  Il a les idées claires.  Et une plume des plus agréables.

C’est dire si je suis heureux qu’il ait pris le temps d’écrire à propos de notre livre.  Voici sa chronique diffusée sur internet:

Notre fleuve en photographies

Pour les Québécoises et les Québécois, le Saint-Laurent n’est jamais bien loin.

Et pourtant, ce fleuve, qui mérite amplement son appellation de majestueux, ce fleuve qui a été et qui reste au cœur de la vie sociale, politique et économique du Québec, nous est étrangement tout à la fois familier et méconnu.

Certes, on le voit, on le croise, on roule à côté de lui, on va y regarder un coucher de soleil ou y faire un pique nique; mais peu de gens s’y aventurent ou s’y sont baignés et encore moins savent ce qui se trouve sous la surface de son eau.

Le bel ouvrage que Patrick R. Bourgeois consacre aux «splendeurs du fleuve-mer», sorte d’essai en images et en mots, vient combler cette lacune en proposant des photographies des beautés méconnues du Saint-Laurent. Lui-même plongeur, c’est une sélection des nombreuses photographies qu’il a prises au fil des ans que nous retrouvons ici.

Je ne suis pas en mesure de les juger d’un point de vue technique (je ne connais rien en photographie), mais je peux assurer que ces images produisent un très fort effet sur qui les voit. C’est qu’à moins de s’être intéressé au sujet, on ne sait pas grand chose de la richesse biologique que recèle le fleuve et des extraordinaires et pétrifiantes beautés qui s’y trouvent.

D’une section à l’autre, on voit, à n’en pas croire ses yeux et dans un incroyable festival de couleurs, d’exotiques habitants dont on ignorait parfois jusqu’à l’existence : de colorées anémones de mer, des étoiles de mer, des crabes, des méduses, des oursins, des concombres de mer, des buccins, des nudibranches, et d’autres encore, sans oublier les poissons, depuis «la toute petite poule de mer qui ne sait à peu près pas nager à l’imposant requin du Groenland». Chacune des sections de photographies est précédée d’un bref texte.

La publication de cet ouvrage survient à un moment où, comme on sait, le fleuve est au cœur de vives controverses environnementales et économiques relatives au transport de pétrole que certains voudraient acheminer sur lui par bateau. Le livre est, il ne le cache pas, une oeuvre de militant. Mon but, dit Bourgeois, est «de vous émerveiller» et de vous «transformer […] en ardents défenseurs du Saint-Laurent».

Qu’il y parvienne ou non, son ouvrage aide en tout cas à prendre conscience de l’importance et simultanément de la fragilité de cet habitat. Bourgeois écrit : «Le bar rayé a bien tiré sa révérence, pour un temps pour cause de massacres inconsidérés. La morue a bien failli l’imiter. Il ne reste plus aujourd’hui que 800 des 10 000 bélugas qui pataugeaient dans nos eaux saphir il y a un siècle […]. Les saumons aussi se font plus discrets. »

Les trois préfaciers rappellent eux aussi ce contexte et disent, en mots, ce que le livre dit en images : la beauté, mais aussi la fragilité de ce fleuve et des êtres qui l’habitent. Dominic Champagne, dont on connaît bien l’engagement dans la cause écologiste en général et dans la défense du fleuve en particulier, nous invite, dans un beau texte poétique, à le suivre et à plonger : «Nous aurions tort d’abandonner ce monde aux mains des mercenaires/ Dont le dessein n’est rien d’autre que de nous déposséder/ De cet espace où nous vivons/ De ce pays et de ces paysages/ Et du mystère même de ses profondeurs.»

Patrick R. Bourgeois, Québec profond. Splendeurs du fleuve-mer, Préfaces de Mylène Paquette, Dominic Champagne et Geneviève Bilodeau, Port d’attache, 2015. Sans pagination. Disponible à : [quebecprofond.com]

Normand Baillargeon

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