De mon gant de plongée, j’ai touché Anticosti!

2 années déjà  •  PAR  •  2 Commentaires

On en parle abondamment ces jours-ci.  Parce que certains veulent la forer, la transformer en immense fromage suisse, pour mieux faire jaillir le pétrole de son ventre généreux.  D’autres répliquent qu’il faut la protéger.  La mettre à l’abri coûte que coûte.  Empêcher les assoiffés-de-profits-toujours-plus-grands-pour-les-actionnaires-de-la-compagnie de la saccager complètement. Et ce, au grand désarroi bien sûr de ceux qui viendront demain constater tous ces dégâts.

Anticosti est mythique.  Grandiose.  La plus grande île du Québec.  Au beau milieu de notre grand chemin d’eau salée vers l’ailleurs, elle trône.  Fièrement.  Imperturbable. Depuis des millénaires.

Ce projet a été créé à notre initiative et il est entièrement auto-financé. Aidez-nous en achetant notre livre Québec profond. Splendeurs du fleuve-mer.

Au gré des décennies, elle a avalé bien des navires.  Ces histoires ont été englouties par les flots.  On ne sait pas grand chose des naufrages. Ni de ceux qui laissèrent ainsi leur vie.  Et guère plus de cette île immense qui devrait pourtant être la fierté de tout un peuple!

Depuis des années, j’avais un rêve.  La fréquenter. L’enlacer.  La prendre à bras-le-corps!  La découvrir de toutes ses interstices.

J’y suis allé.  Récemment. Gaiement, je l’ai explorée.  Par en dessous des flots. Un peu. Pas assez sans doute.  Mais c’est déjà beaucoup.  Un grand privilège qui me fut accordé avant que l’île ne soit complètement acunpuncturée de milliers de puits de forage.

Plonger Anticosti, c’est plonger en terra incognita.  Je le savais, comme on le sait tous.  C’est donc dire que je ne connaissais personne qui avait exploré les fonds marins de cette île avant moi (même s’il y en a bien sûr).

Lorsque j’ai quitté Longue-Pointe-de-Mingan, en zodiac, un bon matin sans trop de vent, je ne savais par conséquent pas à quoi m’attendre.  Comment seraient les vagues dans le détroit de Jacques-Cartier? Trop fortes pour mon embarcation?  Pour mon courage de petit Québécois?  Franchirai-je sans mal les 40 kilomètres qui me séparaient de la grande île?  Croiserai-je la route de baleines?  De dauphins?  De pétrels?  Et comment serait la plongée là-bas?  Si loin de tout! Des secours!

À vive allure, je mis un peu plus d’une heure pour me rendre à Anticosti.  Le Saint-Laurent fut doux avec moi.  Le voyage des plus agréables.

En partant, nous avions mis le cap au sud.  Nous espérions tomber sur un secteur propice à la plongée.  La planification de notre aventure s’arrêtait là. Nous faisions confiance au destin. Au hasard.

Mais c’est plutôt une coupe-à-blanc qui nous accueillit!  Un grand trou dans le paysage de notre île de beauté! Aller au bout du monde pour tomber sur un saccage humain! Sacrant tout de même.

Mais je ne devais pas me laisser décourager par l’affreux.  Nous avons plutôt longé la côte pour nous éloigner des traces laissées par tous les miens.  Pour ainsi atteindre une pointe. Toute belle.  Qui ressemblait en tous points aux autres saillies de cette côte envoûtante aux magnifiques sédiments de calcaire.  Je décidai que nous plongerions-là.  Pourquoi là plus qu’ailleurs?  Je ne le savais pas.  C’était comme ça. Et j’étais le capitaine.

La mise-à-l’eau nous réserva grande surprise.  L’eau était chaude.  Très chaude.  Les courants profonds qui balaient sans relâche l’archipel Mingan transportent l’eau de surface de ce secteur vers Anticosti.  Et qui dit eaux de surface dit eaux chaudes.  Enfin, plutôt chaudes.  Nous étions en Saint-Laurent tout de même, ne l’oublions pas.

À Anticosti, cela signifia 15 degrés celsius!  Je ne devais pas m’en plaindre.  Ni mes doigts qui sont toujours trop occupés à tenir la caméra.

Elles étaient par contre très énergiques ces eaux!  Un puissant courant me poussait vers trop loin.  Il était tellement fort que je craignais d’en perdre mon masque. Ou ma caméra. Heureusement, une arête rocheuse se trouvait tout juste sous le zodiac et plongeait vers les 15 mètres de profondeur.  Je me mis à l’abri derrière cette muraille d’Anticosti.  De la sorte je pus me laisser bercer par ces eaux bleutées renfermant une riche vie marine.  Tout autour de ma tête, les mysis dansaient en grands bancs.  Les morues juvéniles surveillaient l’imprudence de l’une ou l’autre pour mieux en gober quelques-unes.  Les crabes vaquaient tranquillement à leurs occupations, tout juste à côté des chaboisseaux qui avaient d’autres chats à fouetter.

J’étais émerveillé.  Ces écosystèmes étaient si riches! Riches de vie. Riches de beauté!

J’ai adoré plonger dans le ventre d’Anticosti!  Pour en ramener des images qui nous serviront dans nos projets, à moi et ma douce.  Et qui me permettent de mieux articuler un message bien simple:  c’est si beau tout ça, pourquoi tout saccager pour le mieux-être des portefeuilles de quelques-uns?  Il vaudrait mieux qu’on sauve cette île.  Qu’on en prenne soin. D’elle et de sa grande beauté. Vraiment pour une fois!

Je retournerai bientôt à Anticosti.  Pour fouler ses terres intérieures cette fois.  Toujours à la chasse aux images.

Comme d’habitude, je vous tiendrai au courant.

 

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Commentaires 2

  1. MARIELLE MARTIN
    woww etant native d ANTICOSTI.....J AI BIEN HATE DE VOIR VOS PHOTOS... CAR ANTICOSTI EST UN TRES BEAU JOYAU QU ON DOIT GARDER PUR DE TOUT
  2. Bravo pour le billet et bien hâte de voir vos photos! Il faut en effet réussir à faire quelque chose pour changer la donne du profit-à-tout-prix. Il en va de l'avenir de nos enfants.

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