La chasse aux phoques

2 années déjà  •  PAR  •  2 Commentaires

Le phoque est un animal à la réputation ambiguë.  La plupart le trouve mignon, avec ses grands yeux larmoyants et ses longues moustaches; il faut dire qu’il fait tellement penser à nos camarades canins!  Alors que pour d’autres, il ne s’agit que d’un sale bouffeur de morues qui fait perdre des jobs aux gars de la côte.

Comme d’habitude, la vérité se trouve entre les deux.

Pour fonctionner, la nature a prévu qu’il y ait des proies et des prédateurs.  C’est comme ça, entre autres, que se maintient l’équilibre naturel. Le phoque trône pas mal au sommet de la chaîne alimentaire du Saint-Laurent.  Il s’agit d’un prédateur redoutable à la force impressionnante. Qu’il mange du poisson, ce n’est que normal.  Et souhaitable!  Le déséquilibre auquel on assiste de nos jours dans les mers du monde, elles qui ont vu leurs habitants disparaître de 50% depuis 40 ans, n’a bien évidemment rien à voir avec le phoque.  Ce dernier est là depuis des centaines de milliers d’années et ces écosystèmes se portaient bien malgré tout.  Les problèmes des océans sont apparus avec l’industrialisation et l’efficacité ainsi décuplée de l’humain pour les vider. Lui qui ne pense jamais plus loin que le bout de son nez.

Cessons donc de toujours faire porter la faute de nos conneries sur le dos des innocents! Si les pêcheries se sont effondrées, il faut bien davantage regarder du côté de l’appétit capitaliste gargantuesque de l’humain que des phoques nombreux et de leurs prises.

Ceci étant dit, ce ne sont pas toutes les espèces de phocidé du Saint-Laurent qui sont en explosion démographique.  Si les populations de phoque gris et de phoque du Groenland se portent fort bien, on ne peut en dire autant du phoque commun.  La plus petite espèce de phoque de chez nous compte peu d’individus.  On parle d’environ 2500 phoques communs résidant dans tout le réseau Saint-Laurent.  Tout comme le béluga, cette espèce passe l’année complète dans les eaux du Saint-Laurent.

La chasse à primes a considérablement réduit la population de phoques communs au fil des ans. Pratique qui est évidemment interdite de nos jours. Les contaminants qui se retrouvent depuis dans les tissus adipeux de l’animal l’affectent grandement.  De même que les prises accidentelles dans les engins de pêche, le braconnage et le dérangement sur les échoueries au moment de la mise-bas qui survient au printemps et au début de l’été.  Tout ça fait qu’il n’y a pas beaucoup de phoques communs dans le Saint-Laurent.

Dans le cadre de Québec profond, j’avais le goût de faire une belle place à ces espèces de mammifères marins.  Question de les montrer sous l’eau, là où ils passent une bonne partie de leur vie.  Je suis donc parti, ces derniers jours, en direction de l’île Bonaventure, près de Percé, pour la chasse aux phoques.  Les gros phoques gris étaient l’espèce que je visais.

Ce projet a été créé à notre initiative et il est entièrement auto-financé. Aidez-nous en achetant notre livre Québec profond. Splendeurs du fleuve-mer.

Arrivés à Percé, nous avons fait face à une météo difficile.  Du vent et du vent. Et encore du vent! Et des vagues énormes par conséquent.  Le zodiac faisait bien davantage de l’escalade que de la navigation!  C’est dire…

Nous nous sommes tout de même rendus sur la pointe sud de l’île Bonaventure.  Là où nous étions relativement à l’abri des vagues.  Chanceux nous fûmes; nous tombâmes directement sur un groupe d’environ 50 phoques gris.  Un groupe composé de jeunes, de femelles…et de gros mâles.

Les cris qui fusaient de la côte avaient quelque chose de lugubre.  Je me sentais comme ce naufragé qui s’apprêtait à dormir sur l’île du docteur Moreau, personnage du célèbre roman de H.G. Wells.  Le soir tombé, le naufragé fut effrayé par les cris des hommes-bêtes (issus des expériences du docteur Moreau) qui habitaient les forêts des alentours. Les cris des phoques gris, en jour de tempête, et perçant à travers la brume, me firent le même genre d’effet.  Et dire que je devais me mettre à l’eau pour plonger avec eux!

Sous l’eau, les phoques gris ne mirent pas de temps à me trouver.  Ils tournaient autour de moi avec agilité et rapidité.  L’oeil de ma caméra cherchait à les figer sur le capteur.  Mais la visibilité de l’eau n’était pas très bonne.  Les phoques semblaient venir à moi comme une voiture sort timidement d’une tempête de neige!  Je suis quand même parvenu à ramener quelques images.  Dont celles d’un gros phoque gris qui dormait au gré des flots du Saint-Laurent!

De retour au motel, j’ai rapidement constaté que ces images ne me satisfaisaient pas pleinement.  Nous primes donc la décision de nous diriger vers Forillon dès le lendemain.  La Baie de Gaspé devrait nous rendre la vie plus facile.  Nous l’espérions! Et les phoques communs se laisseraient sûrement approcher encore plus facilement que nos bons gros phoques gris de Percé.

Malheureusement, à Forillon, l’adversité fut encore au rendez-vous.  Cette fois elle s’imposa lorsque le temps fut venu de mettre le zodiac à la mer.  Le débarcadère de Grande-Grave, sous juridiction de Parcs Canada, est à toutes fins pratiques inutilisable pour des gens possédant une grosse embarcation comme la nôtre.  Ce débarcadère est en bois de cèdre!  Il est aussi glissant qu’une patinoire une fois mouillé! Quelle drôle d’idée d’avoir construit un débarcadère en bois. Et moi je n’avais absolument pas le goût de descendre le camion pour ne plus le voir remonter à cause de cela.  Nous avons donc quitté Grande-Grave.  Direction Gaspé et le débarcadère de béton de la marina.

Arrivés sur place, nouvelle déception.  La marina était fermée, le débarcadère était bloqué par une barrière.  On logea quelques appels aux bonnes personnes et nous sommes parvenus à entrer en contact avec le directeur des lieux.  Gentil il fut.  Et il nous remit la clé des lieux.  Nous pûmes mettre le zodiac à la mer!

Et nous ne fûmes point déçus. Les phoques communs étaient au rendez-vous.  Et l’eau beaucoup plus claire qu’à Percé.  J’ai dansé avec les phoques communs.  Et les ai bien filmés.  Ça sera du plus bel effet dans le documentaire que nous préparons.  Enfin, je l’espère bien!

 

 

 

 

 

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Commentaires 2

  1. Patrick, tu devrais recevoir une subvention pour l'immense travail que tu effectues dans les eaux froides de notre magnifique fleuve. J'ai très hâte de voir tes images que tu as pris en Gaspésie,en Minganie et au Saguenay. Est-ce que des nageoires commencent à te pousser?
  2. Avec les phoques danser, sage te rend! Maître Yoda veille! Merci pour ce superbe témoignage!

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