Plonger la Floride: entre bonheur et désespoir

2 années déjà  •  PAR  •  6 Commentaires

Pour toujours mieux défendre le Saint-Laurent, je plonge régulièrement à l’étranger.  Pour voir les beautés sous-marines de là-bas et pouvoir de ce fait les comparer aux trésors qu’on retrouve dans le Saint-Laurent.  Je reviens toujours de ces voyages de plongée avec plein d’images extraordinaires en tête et avec une conviction toujours plus fermement ancrée en moi que le Saint-Laurent n’a rien à envier aux autres écosystèmes sous-marins de la planète.  Ils ont beau être magnifiques, le Saint-Laurent, dans sa différence, l’est tout autant!  C’est ce que je crois depuis longtemps.  Et c’est ce que je croirai jusqu’à la fin de mes jours.

Cette année, mon plan de plongée à l’étranger concernait le port de Jupiter, en Floride.  Un récif corallien s’y trouve à quelques centaines de mètres au large.  Les plongeurs y croisent des tortues marines, des murènes, et des poissons de toutes sortes.  En décembre, c’est en plus la meilleure saison pour y observer des requins.  Les requins nourrices et les requins gris sont omniprésents. Et on peut espérer y croiser la route d’un requin marteau, d’un requin bouledogue et même d’un requin tigre.

Mes plongées de cette année en Floride ne m’ont pas déçu.  J’ai vu les animaux que j’espérais voir, hormis peut-être les requins les plus « virils » (requin tigre et requin bouledogue par exemples).  Mais les requins gris, eux, étaient très abondants.  J’ai aussi vu des murènes vertes à une distance de quelques centimètres de moi seulement. Impressionnant!  L’eau était claire et chaude.  L’équipe dans le bateau super sympathique et passionnée. Et la météo au beau fixe.  Tout était parfait, quoi!

Tout était parfait?  Non!  Trop de requins que j’ai vus pendant mes plongées avaient des hameçons accrochés à la mâchoire. Comme celui qu’on aperçoit dans cette vidéo.

Dans les émissions de pêche, on voit souvent un animateur ou un autre (Cyril Chauquet de canal Évasion par exemple) perdre des poissons qui sont parvenus à briser le fil de pêche.  Le spectateur se demande bien souvent ce qu’il advient de ces poissons.  Hé bien, ils restent pris avec ces hameçons.  Parfois, ils parviennent à vivre leur vie quand même.  Et parfois, c’est plus compliqué.  La guide Anna, avec qui j’ai eu le bonheur de plonger en Floride cette année, me racontait qu’elle avait dernièrement secouru une grosse raie pastenague qui devait vivre avec un énorme plomb de pêche accroché à la gueule et tout le fil qui venait avec.  C’était tellement lourd que la pauvre raie ne parvenait plus à vaquer normalement à ses activités de raie.  Elle était complètement épuisée. Ayant beaucoup de peine à nager. Heureusement, lorsque Anna est venue à son secours, l’animal s’est laissé faire.  Elle a pu lui donner un bon coup de main en retirant tout le fil qui était accroché en boules nombreuses à l’hameçon énorme qui lui pendait au bout du nez (mais elle n’est pas parvenu à retirer l’hameçon en tant que tel).  Ce qui permet de croire à la survie possible de la raie.

D’ailleurs Anna me racontait que beaucoup d’animaux aux prises avec des engins de pêche ou du fil de pêche abandonné se laissent de plus en plus faire lorsque les plongeurs leur viennent en aide.  Sans verser dans l’anthropomorphisme le plus naïf, elle semblait dire que leurs drames étaient si intenses qu’ils acceptaient volontiers que les plongeurs les approchent pour leur apporter l’aide dont ils avaient cruellement besoin.  C’est ce qui est dernièrement arrivé à Anna lorsqu’elle a croisé la route d’une tortue complètement emberlificotée dans du fil de pêche.  Anna l’a aperçue nager difficilement dans la colonne d’eau.  La tortue s’est approchée d’elle.  Comme si elle voulait qu’on lui retire tout ce fil.  Anna est parvenue à en retirer la majeure partie.  À l’exception de la boule de fil que l’animal avait autour de la nageoire et qui lui pénétrait profondément les chairs.  Retirer cette boule de fil, me disait-elle, aurait tué la tortue qui serait morte au bout de son sang.  Celle-ci est par conséquent repartie avec une boule de fil sous la nageoire; sa situation étant quand même un peu mieux que celle prévalant antérieurement à sa rencontre avec Anna;  mais rien ne garantit quand même qu’elle pourra survivre bien longtemps avec du fil planté dans la chair de sa nageoire.

Et des histoires comme ça, Anna en avait des tonnes à me conter alors que nous étions dans le bateau, en direction d’un site de plongée ou un autre.

Ces témoignages directs permettent de bien comprendre à quel point on fout le bordel dans nos océans.

Il n’y a pas que les tortues ou les poissons qui sont malmenés.  Le récif de Floride souffre lui aussi de l’activité humaine.  Lorsqu’il l’explore, peu importe où le plongeur porte le regard, il aperçoit des détritus.  Des verres ou des bouteilles de plastique, des tas de fil de pêche, des cannettes de bière, des sacs de plastique, etc.  J’ai même récupéré un tube de dentifrice lors d’une de mes plongées là-bas.  Il y a tellement de déchets que les poches de ma veste de plongée étaient complètement remplies à l’issue de mes plongées.

Les animaux du récif doivent vivre dans ces milieux malgré toutes les cochonneries que les humains leur balancent par la tête.  C’est déprimant tout ça!

Comme si ce n’était suffisant, l’humain est également à l’origine, en Floride comme ailleurs, de problèmes liés aux espèces envahissantes.  Les récifs de Floride sont particulièrement affectés par la présence du poisson-lion, une espèce qui vit normalement dans l’océan Pacifique.  Dans les années 1990, des aquariophiles inconscients ont cru bon rejeter à la mer les poissons-lions qui vivaient jusque-là dans leurs bacs et dont ils s’étaient tannés.  Les poissons-lions se sont depuis multipliés par millions, donnant naissance au pire problème d’espèces envahissantes sévissant sur la planète à l’heure actuelle.

Le poisson-lion est venimeux et n’a aucun prédateur en Atlantique.  C’est un poisson lent à l’appétit gargantuesque.  Il vide littéralement les récifs d’Atlantique des autres espèces de poissons dont il consomme les alevins de même que tous les individus assez petits pour pénétrer dans leur grande gueule.

Il s’agit d’un problème énorme!  Qui bouscule l’équilibre des récifs coralliens.

Lors de mes plongées, j’ai vu plusieurs de ces poissons-lions.  Trop, sans l’ombre d’un doute!

***

J’aurais voulu éviter de vous plomber le moral avec ces mauvaises nouvelles.  Mais jusqu’à preuve du contraire, le jeu de l’autruche n’a jamais été d’un très grand secours.  Aussi bien savoir.  Comme on dit, ç’a aide à changer les choses.

 

Abonnez-vous pour recevoir les derniers billets

Commentaires 6

  1. Yannick Girard
    Salut Pat, très agréable à lire même s'il y a un côté négatif. S'est en parlant, en écrivant, et en lisant que je crois que petit à petit la société pourra changer. Je te souhaite une bonne continuité dans cette voie; elle t'y va à merveille!
    • Et merci Yannick pour les bons mots! Et faudrait bien qu'on retourne faire des découvertes sous l'eau, ensemble, un moment donné!
  2. Merci de tout coeur Patrick de tes partages
    • Patrick Bourgeois
      Merci à vous de nous suivre!
  3. superbe témoignage, merci!
    • Patrick Bourgeois
      Merci, c'est gentil!

Soumettre un commentaire